madmike(35)
PARIS, Francia97%
L Art Contemporain s expose dans deux types de manifestation, grandes expositions internationales, sous la responsabilité d un ou plusieurs commissaires, et foires directement commerciales, rassemblant les galeries venues promouvoir les œuvres de leurs artistes, et si la réputation d un artiste se fait dans les grandes expositions internationales, ses ventes se concrétisent plutôt dans les foires.
La plus notoire de ces foires est Art Basel, manifestation helvétique qui se targuait même cette année de faire partie du grand huit culturel de l art contemporain avec la Documenta kasseloise, les Skulpture Projekte münsterois et la Biennale vénitienne, au détriment d ailleurs d une Biennale lyonnaise reléguée au rang d attraction provinciale, et surtout des deux grandes autres foires européennes, l anglaise Frieze et la parisienne Fiac, concurrentes considérées comme négligeables.
La Foire Internationale de l Art Contemporain, puisque telle est la signification de l acronyme FIAC, a pourtant retrouvé de son lustre en même temps que la verrière du Grand Palais, le bel espace de ce bâtiment construit pour l exposition internationale de 1900 fournissant un cadre plus seyant à une manifestation assez sélecte que les anonymes hangars de la Porte de Versailles dont il avait fallu se contenter pendant quelques années.
La FIAC 2007 a eu lieu du 17 au 21 octobre 2007, et l édition 2008 est d ores et déjà annoncée pour le week-end du 18 au 22 octobre 2008
Ce qu on vous montre ici n est pas de l art, c est de l argent, abrutis ! .
L intervention d un réfractaire à la FIAC, qui interpellait de ce panneau assez direct la foule nombreuse venue faire son pèlerinage dans un temple de l art, ou plutôt chez les marchands du temple de l art, était vigoureuse, mais elle avait le mérite de souligner l ambiguïté d une manifestation qui certes honore l art contemporain, mais uniquement dans une perspective commerciale.
Tout est à vendre ici, même si les tarifs sont rarement affichés, et d ailleurs pas franchement ceux d un Leclerc, ou alors plutôt ceux d un char Leclerc. Il se murmurait ainsi que les Picasso, pourtant pas exceptionnels, d une galerie new-yorkaise tournaient autour de la dizaine de millions d euros (soit 65 millions de francs), alors qu une autre galeriste n avouait que timidement le prix d un Chris Ofili, cet artiste britannique d origine antillaise devenu célèbre avec ses peintures d un super héros fictif, le Captain Shit (capitaine merde), peintures incluant des bouses d éléphants authentiques ! 1,1 millions de dollars (soit 5,5 millions de francs) pour l artiste qui eut les honneurs du pavillon anglais de la Biennale de Venise en 2003.
Un autre galeriste demande vingt-quatre mille euros (soit 155 000 francs) pour un chiche cordon de perles de verre de Jean-Michel Othoniel, le créateur de la spectaculaire entrée de métro en face de la comédie française, mais il se montre intéressé si on lui demande si c est négociable, attendez, je termine avec ce client et je suis à vous. Les pièces accessibles sont fort rares, un tirage à un millier d exemplaire d une poupée Action Doll du très loufoque belge Wim Delvoye paraît du coup bon marché avec ses 239 euros (soit 1570 francs)
L on trouve de tout ici, suivant la formule d un célèbre magasin de jadis.
La foire d art contemporain comprend également pas mal d art moderne, c est-à-dire d œuvres d artistes anciens, souvent déjà décédés, les galeries américaines ressortent de leurs stocks quelques Warhol, depuis un amusant Bunny (le fameux lapin de Playboy) jusqu à un simple polaroid (vingt-cinq mille dollars quand même), les galeries françaises mettent à l honneur un Jean Hélion plein de force ou bien encore les classiques historiques de la figuration narrative, tels Jacques Monory dont les toiles bleutées sont autant d énigmes policières. Il est assez amusant de voir ainsi au détour des cimaises de fortune de la FIAC de véritables pièces de musées au sens propre, puisque tous ces artistes reconnus ont désormais leur place dans les institutions du genre, et se trouvent ici à vendre.
D autres galeries suivent les modes du moment, et une Sophie Calle qui a fait sensation avec le pavillon français de la Biennale de Venise est proposée à plusieurs reprises, bien que la nature conceptuelle de son œuvre ne la rende point très appropriée à une telle diffusion, tandis que les russes AES+F remarqués au pavillon russe de la même Biennale avec leur vidéo The last riot (la dernière émeute) en tirent divers produits dérivés, sculpture gigantesque ou impressions de photos façon tondo, ou que le bulgare Nedko Solakov, présent cet été et à la Documenta et à la Biennale, voit ses dessins ironiques subitement promus par une galerie !
Il y a ainsi des modes, et les empruntes de pinceau de Niele Toroni, l un des compères de Daniel Buren jadis au sein du groupe BMPT (le B était pour Buren, le T pour Toroni), sont de beaucoup de stands, j espère d ailleurs que leur provenance est bien vérifiée, la facture aussi caractéristique que simple de l artiste étant sûrement assez facile à contrefaire ! Le mieux, ou le pire, dans le genre reste sûrement l ensemble de toiles de Josh Smith, jeune peintre américain dont les œuvres se résument à la peinture hâtive de son nom, et qui ont paraît-il toutes trouvées preneur, en un enthousiasme sans doute un peu trop hâtif
Il y avait quand même de belles découvertes à l édition 2007.
Le britannique David Mach, dont les visiteurs réguliers de la Summer Exhibition londonienne avaient déjà remarqué les sculptures et collages insolites, livre ici un impressionnant Silberback (Dos argenté), gorille mâle à l allure farouche et l apparence fragile, puisque cette gigantesque sculpture, plus grande que nature, est tout bonnement réalisée en cintres soudés, une technique d assemblage pour le moins insolite pour un résultat visuellement plus que frappant. Les trois exemplaires de cette réalisation monumentale trouvèrent vite preneur, et il faut avouer que la bête de cintres impressionne, et que l on se sent tout petit face à ce monstre ténu !
Le français Kader Attia, déjà vu dans les Biennales de Venise et de Lyon, confirme son inventivité avec une très spectaculaire Skyline (terme désignant usuellement les silhouettes urbaines des villes américaines), dont les gratte-ciels sont en fait des réfrigérateurs habillés de carreaux de miroirs, le tour de force est là aussi frappant, la trivialité des matériaux n empêchant point l efficacité visuelle !
L espagnol Javier Perez livre une étonnante Ligne d horizon, alignement méthodique de têtes sculptées, extrêmement précises au centre et virant aux extrémités au flou, tour de force visuel joliment réussi tandis que le français Mounir Fatmi réalise une chaise électrique avec d anciennes cassettes vidéos, transformant la machine de mort en œuvre ironique
La FIAC obéit à ses rituels.
Elle ne dure que quelques jours, le mercredi après-midi étant réservé aux professionnels et le soir aux invités du vernissage, acheteurs privilégiés conviés par les galeries, avant d être ouverte cinq jours (du jeudi au lundi) au grand public, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes (et ce n est pas donné à 164 francs soit 25 euros) ou invitations pour les plus chanceux.
Le gros de la manifestation se déroule au Grand Palais, où se trouvent les galeries les plus importantes et le design, tandis qu une tente dans la Cour Carrée du Louvre abrite les nominés au prix Marcel Duchamp et les galeries plus jeunes, ou alors un peu exotiques (Inde, Russie, Japon), et le billet d entrée donne accès aux deux sites, même s il est difficile de les enchaîner dans une même journée, vu en particulier l étendue de ce qu il y a à voir au Grand Palais
La liaison entre les deux sites est aisée, puisqu il suffit de quelques stations de métro, mais une navette en Mini était disponible, et l occasion pour le constructeur de faire la pub de la dernière variante de son modèle, tandis que le français Robert Combas, héraut de la figuration libre, en avait pour l occasion décoré une, qui du coup ne roulait pas
La FIAC est une manifestation intéressante.
La foule s y presse, et pas toujours avec discernement à entendre certains commentaires à côté de la plaque, et la densité des galeries est par moment un peu étouffante, ce qui en rend le parcours complet assez éprouvant, si du moins on veut le faire avec un minimum d attention, et ne pas se contenter d un survol rapide.
Les œuvres exposées sont fort hétéroclites, effets de mode et vraies découvertes, et l on côtoie aussi bien des classiques des musées que des artistes en devenir, les générations présentées allant du jeune prometteur à la Kader Attia au décédé depuis longtemps à la Pablo Picasso, en passant par l artiste seventies style Erro ou la valeur sûre genre David Mach, sans compter d innombrables tâcherons qui seront bien vite oubliés.
La visite est passionnante pour les amateurs éclairés, qui se réjouiront de belles découvertes et s amuseront de lubies sans lendemain
Note : 8/10
FIAC, Foire Internationale de l Art Contemporain
- autour du 20 octobre, du mercredi (vernissage) au lundi inclus
- mercredi : professionnels ou invités ; jeudi à dimanche : de 12h00 à 20h30 ; lundi : de 12h00 à 18h00
- Grand Palais (sous la verrière) pour l essentiel, Cour Carrée du Louvre (sous une tente) pour le reste
- Mo : Champs-Elysées Clemenceau / Louvre-Rivoli
- 164 francs (soit 25 euros), pas de tarifs réduits