Opinione dettagliata di Solea
Kyoto est située dans une cuvette, entre de petites montagnes, mais est tout de même parsemée de collines. Autant dire que ça monte et ça descend et c'est avec soulagement que nous sommes arrivés à pied au pavillon d'or, le fameux Kinkaku-ji. Pour les moins courageux, le plus direct est de prendre le bus qui dépose la foule aux arrêts Kinkakujimae et Kinkakujimichi, à 3 min de marche des lieux. Je dis bien "la foule" car le pavillon d'or est l'un des sites les plus visités de Kyoto. Il y a donc énormément de monde. Mais comme nous sommes au Japon, pays de l'organisation, point de longues files d'attente pour obtenir son billet. C'est l'affaire de cinq petites minutes au cours desquelles nous nous délestons chacun de 400 yens (à peine plus de 3 euros) pour obtenir le précieux sésame, un morceau de papier rectangulaire sur lequel sont inscrits à l'encre des caractères japonais. Mince! Il n'y a plus qu'à plastifier et cela me fera un joli marque-page.
Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.
L'endroit était initialement une villa de noble. La première famille qui y vécut, au XIIIème siècle, appartenait au clan Saionji mais le terrain, quasiment en ruines, fut racheté, près de 170 ans plus tard, par un certain Yoshimitsu, qui était alors shoggun (c'est à dire "seigneur" au sens féodal). Ce dernier, qui, à trente-huit ans, avait déjà régné vingt-neuf ans et pacifié son territoire, se dit qu'il passerait bien sa petite retraite dans un lieu exceptionnel, entouré de reliques de saints bouddhistes et autres merveilles qui pourrait les abriter. C'est ainsi que fut bâti, entre autres, un pavillon doré qui contenait des images de divinités sur les deux premiers niveaux et les reliques au niveaux supérieur. Conformément à ses dernières volontés, ce palais fut transformé en temple zen, appelé Rokuon-ji.
Aujourd'hui la plupart des bâtiments qui composaient le temple ont disparu, détruits par les guerres mais il reste le pavillon doré et les jardins japonais... de quoi s'en mettre plein la vue.
Nous suivons le petit chemin parsemé de graviers et au détour d'un virage le pavillon d'or s'offre à nous dans un cadre carrément enchanteur. En effet, c'est le moment de prendre les plus belles photos des lieux car la visite commence par un point de vue unique qui montre le pavillon derrière un petit lac, avec une colline verdoyante en fond. Superbe panorama que l'on aimerait admirer en toute sérénité, c'est à dire sans les cris d'extase ou les bousculements de la foule qui cherche à se faire prendre en photo devant. Il n'y a pas à dire mais le pavillon et son reflet ondoyant dans l'eau nous invitent à entrer en méditation.
En réalité, le pavillon d'or n'est pas complètement en or. Déjà, ce sont de nombreuses couches de feuilles d'or (des carrés d'environ 10x10 cm) qui sont appliquées sur le bois qui forme l'ensemble. De plus, le rez-de-chaussée n'est pas recouvert d'or mais de bois de cyprès, à la couleur foncée. L'architecture est des plus originales car chaque étage est différent: le premier niveau est construit à la façon des palais et serait donc de type noble. Le deuxième niveau, quant-à lui, rappelle les maisons de samouraïs et donc les guerriers (?). Enfin, l'étage supérieur possède une architecture de temple zen (les moines?). Chaque niveau s'avère plus petit que l'autre et le bâtiment se diminue au fur et à mesure qu'il se rapproche du ciel. Il est surmonté d'une sorte de coq, en réalité un phoenix chinois, un fenghuang doré.
Le chemin longe le lac et c'est à peine si nous pouvons détourner notre regard pour jeter un oeil aux alentours. Un petit bâtiment montre une jolie porte peinte, abritée derrière ce qui me semble un piège à loups mais est en réalité un arbre biscornu avec une trappe, qui est censé rappeler un navire. J'ai plutôt l'impression que cette trappe grande ouverte n'attend qu'une chose: que je passe en dessous pour se rabattre sur moi! Nous atteignons enfin le deuxième point de vue, au pied du pavillon, qui ne se visite malheureusement pas. Quelques photos supplémentaires et nous suivons à nouveau le chemin qui nous mène dans le jardin, sorte de petite forêt avec des plans d'eau.
On grimpe un peu, ce qui nous permet d'apercevoir le toit du pavillon par dessus les arbres. Clic Clac, encore une photo. On s'arrête un moment regarder les Japonais balancer des pièces vers une statue. Il s'agit de viser une petite écuelle posée juste devant, à 1m50 environ. Cela ne nous étonne plus à ce moment du séjour car nous savons qu'un Japonais qui revient du temple pèse environ 2kg de moins. Sur le trajet, il se sera délesté de toute sa petite monnaie pour espérer obtenir une parcelle de bonheur.
La route reprend et le parcours se termine avec un troisième point de vue, en hauteur cette fois-ci. Décidément, cette visite va surcharger ma carte mémoire! C'est aussi le moment d'acheter des souvenirs du temple, du poudrier sur lequel est gravé (en or s'il vous plaît!) le pavillon doré au chapelet bouddhiste, il y en a pour tous les goûts... même pour les non adeptes du shopping qui pourront assister à la cérémonie du thé dans un petit jardin clôturé ou bien taper dans la cloche pour espérer gagner le gros lot. En effet, quelques bâtiments encore présents, à côté de distributeurs de canettes, témoignent qu'un temple a bien été en activité en ces lieux.
La réponse à la question "Faut-il aller voir le pavillon d'or" est certainement oui, et plutôt deux fois qu'une. Certes, la visite est rapide (environ 45 min) car il n'y a pas grand chose à voir, la majorité des édifices ayant été détruits et le pavillon n'est même plus d'époque. Mais ce qui se découvre à nos yeux est un tel petit bijou, ciselé et orné, posé dans un écrin des plus remarquables, entre le lac et le mont Hidari Daimonjiyama, qu'on ne peut qu'être ravi du spectacle. Je pense même qu'il faudrait pouvoir l'admirer à chaque saison, quand les couleurs de la nature changent.
Kinkaku-ji10